Jean-Louis, un Corse en Californie

Interview avec Jean-Louis, un corse qui vit aux Etats-Unis

Jean-Louis, un Corse en Californie

C’est en 1998 que le rêve Américain le pique. Originaire de Pietralba en Haute-Corse, Jean-Louis traverse l’Atlantique pour poser ses valises du côté de Costa Mesa en Californie. Cela fait maintenant 10 ans qu’il travaille en tant qu’ingénieur système dans l’industrie de la défense et protection du territoire. Depuis son ranch où il passe ses week-ends à 500 mètres d’altitude, Jean-Louis nous explique comment il a vécu l’accession de Donald Trump à la Maison Blanche. Il nous raconte aussi à quoi ressemble la vie en Californie : Business, bilinguisme, importations de produits corses sans oublier les bons plans pour ceux d’entre vous qui ont des envies de far west 😉

Comment es-tu arrivé aux Etats-Unis ?


Je suis parti aux US avec un visa E2 Essential Employee en tant que programmeur en 1998. L’immigration aux US était différente, peut-être plus simple, l’agence Américaine qui s’occupait des visas, l’INS, n’était pas aussi imposante et ne traitait pas de problèmes de sécurité comme maintenant. Un monde assez différent, je dois l’avouer.
Depuis 2005, je suis citoyen américain, avec passage par la fameuse « green card » entre mon visa et ma naturalisation.

En quoi consiste ton métier ?


Au début, je travaillais comme programmeur informatique en C/C++ pour une entreprise qui développait des systèmes de traitement et compression de signal, principalement video streaming.
J’ai ensuite travaillé pour quelques entreprises de jeux vidéo sur PC, XBox, PlayStation et Wii sur 7 titres commerciaux et quelques projets indépendants.
Maintenant, cela fait presque 10 ans que je travaille en tant qu’ingénieur système dans l’industrie de la défense et protection du territoire.



A quoi ressemble la vie en Californie ?


Vaste sujet… je dirais aussi varié que la Californie elle-même. On va quand même essayer de faire quelques généralités. La côte en général, et particulièrement de San Diego à Santa Barbara et la Bay Area et ses alentours, le coût de la vie est cher surtout du côté de San Francisco qui est ridiculement cher. Il y a ce mélange de mentalité urbaine, moderne et balnéaire. L’intérieur des terres du sud de la Californie est principalement désertique ou sub-désertique, à l’exception des quelques régions montagneuses, comme celle ou je vis. Les gens sont plus traditionnels et ruraux avec toujours un esprit pionnier dans certains coins, mais ça reste la Californie, donc toujours assez ouvert quand même. De même pour le centre, avec plus de régions agricoles où beaucoup de grandes fermes et vignobles sont implantés. Le nord est assez rural avec une mentalité plus North-West (Oregon).
En dehors des endroits luxueux, touristiques et prisés, le coût de la vie est assez abordable, bien que la différence entre l’époque ou je suis venu et maintenant soit importante. Un faible salaire a plus de mal à s’en sortir de nos jours qu’il y a 15 ans. Mais cela semble global.

Ton regard sur cette élection qui propulse Donald Trump à la Maison Blanche ?

On ne peut pas dire que j’étais très emballé par les élections présidentielles cette année car aucun des 2 candidats ne correspond vraiment à mes valeurs.

Un petit historique pour comprendre comment j’ai vécu ces élections. J’ai grandi en Corse, avec des valeurs plutôt rurales ou les traditions et le terroir sont les piliers de la société locale. Ces valeurs sont directement menacées par la mondialisation et l’éradication de la culture locale, de notre île, de notre langue et de notre histoire. Il y a actuellement un clash non pas des civilisations, mais de 2 visions du monde radicalement opposées. L’une tend à protéger les traditions et l’identité d’un peuple, privilégier l’économie locale et les petits artisans. L’autre est un rouleau compresseur mondialiste qui tente d’écraser les peuples au profit de multinationales, des banques et des élites politiques. C’est en tout cas comme ça que la mondialisation est de plus en plus perçue par la classe moyenne d’Europe et d’Amérique du Nord.

Cette élection, n’en déplaise aux journaux télévisés et aux sondages, a confronté ces 2 mondes. Le rural contre l’urbain. L’identité nationale contre la mondialisation. L’élite et les multinationales contre la classe moyenne. C’est pour ça que ce qui semblait impossible aux médias de masse s’est passé. Une vague populiste attisée par les abus de la mondialisation a englouti le monde politique.

Depuis quelques années, j’ai été déçu par la classe politique en général, tous partis confondus. Je m’en suis même éloigné, préférant apprécier les bons moments de la vie plutôt que de me perdre dans les luttes futiles du monde politique. Ma compagne et moi avons voté par courrier 10 jours avant les élections. Nous avions reçu nos bulletins de vote une semaine plus tôt. Un soir de semaine, lorsqu’elle cuisinait, je me suis assis au comptoir de cuisine en face d’elle et je passais en revue tous les candidats pour tous les postes ainsi que toutes les propositions de lois pour l’État de Californie. En effet, pour notre district du comté de San Diego, il y avait une dizaine de postes à pourvoir au niveau fédéral et local et une vingtaine de propositions de loi. Une fois passé en revue, nous nous sommes rendu compte que nous votions pareil. Le lendemain, je mettais au courrier nos bulletins de vote afin qu’ils soient comptés le jour de l’élection.

Je ne comptais pas particulièrement suivre les élections en direct et pensais juste m’informer des résultats le lendemain. De toute manière, rien n’allait changer ma vie radicalement d’ici là. Ma compagne soudainement propose de dîner dans le salon pour suivre les résultats en direct. Ce fut plutôt inhabituel car nous avons l’habitude de dîner à table sans télévision pour partager du temps ensemble pendant les repas. Nous avons donc passé la soirée à suivre les élections en direct jusque vers minuit. La majorité de l’État de Californie semblait en deuil et le lendemain paraissait sombre. Mais heureusement pour nous, nous faisons parti de la minorité de notre Etat et une belle journée nous attendait.



Comment se porte l’économie en ce moment ?


L’économie n’est pas trop mal, surtout comparé a beaucoup d’autres endroits aux US ou ailleurs. Mais le coût de la vie et les taxes/impôts ont augmenté sans que les salaires suivent particulièrement. Le chômage et les emplois précaires restent un problème, surtout pour les gens peu qualifiés. Les gens diplômes ou avec un savoir-faire recherche ne se portent pas trop mal dans l’ensemble.

 


Le rêve Américain, ça existe toujours ?


Cela dépend dans quelle branche. Année après année, le nombre de régulations fédérales ou locales augmentent, donc il faut bien rechercher ces points précis dans la décision du lancement d’un business et de l’emplacement. Certaines industries préfèrent d’autres Etats. Aussi, si le business reçoit du public, il faut bien faire attention à tout ce qui est assurances et contentieux. Les poursuites en justice sont une plaie aux US.

 

La place de l’espagnol dans la vie de tous les jours ?

Dans mon domaine et mon entourage, aucune. Pour certains métiers et dans certains quartiers/villes, l’espagnol est important. Etre bilingue anglais/espagnol peut permettre selon le poste proposé d’obtenir un job plus facilement.



Les endroits ou tu aimes aller ?


Il y a tellement d’endroits à voir et j’en découvre tout le temps, même après 18 ans ici. Orange County avec les villes comme Huntington Beach, Newport Beach, Balboa et Dana Point sont très agréables pour leur bords de mer et sortir dîner. Le comte de San Diego offre aussi de très beaux bords de mer comme Carlsbad Village, Encinitas, La Jolla, OB, PB et la baie de San Diego. Le désert dans les comtés de San Bernardino, Riverside et Imperial et les montagnes de Cleveland National Forest et de San Bernardino (Crestline, Arrowhead et Big Bear). San Diego County offre aussi de magnifique petites villes de montagne comme Julian. Encore une fois, la diversité de la Californie est telle que tu peux prendre un breakfast en bord de mer le matin et te balader en montagne l’après-midi. Personnellement, j’aime les activités d’extérieur, le camping, randonnées, tir sur cibles, 4×4, etc… Le climat est propice toute l’année, à part entre Août et Octobre ou il fait trop chaud dans les déserts Californiens. C’est le bon moment pour rester près des plages.
Il y a un choix impressionnant de restaurants qui offrent presque toutes les cuisines du monde. Même un restaurant Corse à Los Angeles tenu par des Corses, Napoleon & Josephine.

 


De la Corse qu’est-ce qui te manque le plus ?

La Corse elle-même. Et aussi les charcuteries et fromages, qui sont très difficile, voir impossible, à obtenir.



Y a t il une communauté corse en Californie ?


Malheureusement non. J’en ai rencontré par hasard quelques uns, incluant les propriétaires du restaurant Napoleon & Josephine. J’ai du mal avec la communauté Française en Californie du sud donc en général je reste avec ma compagne et notre sympathique cercle d’amis et sa famille.

 


Trouves-tu des produits corses en Californie ?


Très peu. Je trouve du vin Corse et parfois du sanglier, de la coppa Italienne, quelques fromages de brebis (j’ai trouve à 2 reprises du U Pecurinu fait en Corse) et des châtaignes. Ils vendaient de la Pietra pendant un moment mais l’importateur aux US n’en a plus. Je fais mon limoncellu maison et je pense fortement à faire ma propre charcuterie cette année, un figatellu Californien?



Penses-tu que des opportunités existent pour la Corse en Californie ?


Je pense qu’il y a un très gros potentiel pour la Corse, que ce soit pour la gastronomie, les vins ou le tourisme. Mon patron est parti au printemps dernier en vacances en Corse pour la première fois et il ne cesse de m’envoyer des photos de ses escales autour de l’île par email.


Que dirais-tu aux Corses qui auraient envie de partir en Californie ?


Je dirais que dans l’ensemble, ceux qui ont l’esprit aventureux et entrepreneur peuvent vraiment s’épanouir en Californie. Ce n’est pas simple de s’expatrier, mais je pense que les Corses ont de part leur histoire plus de facilité d’adaptation du à notre côté insulaire. Dans tous les cas, c’est une expérience qui ne peut que bénéficier à ceux qui se lancent dans une telle aventure. Mais il faut être bien conscient que s’expatrier aux US c’est se plonger dans une culture très différente, bien plus qu’on se l’imagine. Il faut bien préparer son expatriation pour pouvoir vivre une expérience riche et positive.

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